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Journal Information
Journal ID (publisher-id): jgi
ISSN: 1910-7595
Publisher: Centre for Addiction and Mental Health
Article Information
The Centre for Addiction and Mental Health
Received Day: 01
Accepted Day: 31
Publication date: May 2016
First Page: 44 Last Page: 67
Publisher Id: jgi.2016.32.4
DOI: 10.4309/jgi.2016.32.4

« La première fois que j’ai joué… » : l’expérience d’adolescents considérés comme ayant des difficultés avec les jeux de hasard et d’argent
Annie-Claude Savard1
Daniel Turcotte1
Joël Tremblay2
1École de service social, Université Laval, Québec, , Canada
2Département de psychoéducation, Université du Québec à Trois-Rivières, Québec, , Canada

For correspondence:Correspondance : Annie-Claude Savard, Université Laval, École de service social, Pavillon Charles-De Koninck, 1030, avenue des Sciences-Humaines, bureau 4465, Québec (Québec), G1V 0A6. Courriel:, e-mail: annie-claude.savard@svs.ulaval.ca
Cet article a fait l'objet d'une évaluation par les pairs. Toutes les adresses URL étaient actives au moment de la soumission.
Conflit d'intérêts : Aucun conflit d'intérêts déclarer.
Approbation éthique : Ce projet a reçu une l'approbation éthique du Comité d'éthique de la recherche en toxicomanie (CERT) le 17 décembre 2012 (CERT # : 2012-148) et a bénéficié d'une exemption éthique (analyses de données secondaires rendues anonymes) du Comité d'éthique de la recherche de l'Université Laval (CERUL) en date du 18 décembre 2012.

Abstract

This study describes the initial gambling experiences of teenagers who have developed problem gambling habits with regard to: a) the nature of the gambling activities, b) the significance of the first experience in terms of the benefits and attractive aspects of gambling, and c) the progression toward the development of problematic behaviours. The research design draws on secondary analysis of data from semi-structured interviews carried out with 31 adolescents with problem gambling behaviours in treatment for the consumption of psychoactive substances (PS). An analysis of the teenagers’ responses reveals the existence of material, emotive and social benefits associated with their first gambling experience and the exacerbation of their behaviours. The results were analysed in light of the teenagers’ social context: popularity of certain games, importance of performance, wealth and the pursuit of pleasure.

Résumé

Notre étude vise à décrire les premières expériences de jeux de hasard et d’argent (JHA) d’adolescents ayant développé des habitudes problématiques sur ce plan concernant :a) la nature des activités de JHA, b) la signification des premières expériences au regard des bénéfices et des aspects attrayants des JHA, et c) la progression vers des comportements problématiques. Le devis de recherche qualitatif s’appuie sur des analyses secondaires de données issues d’entrevues semi-structurées réalisées auprès de 31 adolescents présentant des habitudes problématiques de JHA et en traitement pour leur consommation de substances psychoactives (SPA). L’analyse des propos des adolescents révèle que les bénéfices associés aux premières expériences de JHA et à leur exacerbation sont de nature matérielle, émotive et sociale. Les résultats sont analysés à la lumière du contexte social dans lequel les adolescents évoluent : popularité de certains jeux, importance de la performance, la richesse et de la recherche de plaisir.


Introduction

Les études sur la prévalence des habitudes de jeux de hasard et d’argent (JHA) à l’adolescence présentent des résultats très variables. Les taux oscillent entre 4,1 % et 20 % pour le jeu à risque, et de 0,3 % à 11 % pour le jeu dit pathologique ou problématique (Derevensky & Gupta, 2000; Huang, Jacobs, Derevensky, Gupta, & Paskus, 2007; Jacobs, 2000; Martin, Gupta, & Derevensky, 2009; National Research, 1999; Rainone & Gallati, 2007; Shaffer & Hall, 1996; Welte, Barnes, Tidwell, & Hoffman, 2007). Au Québec, selon la dernière enquête de l’Institut de la statistique du Québec sur le sujet, les taux observés quant au jeu à risque et au jeu dit pathologique probable sont respectivement de 4,1 % et 2,0 % (Martin et al. 2009).

Plusieurs études ont documenté les facteurs de risque associés au développement d’habitudes de jeux de hasard et d’argent dites problématiques à l’adolescence (Derevensky & Gupta, 2004; Hardoon, Gupta, & Derevensky, 2004; Shead, Derevensky, & Gupta, 2010; van Hamel, Derevensky, Takane, Dickson, & Gupta, 2007; Wickwire, Whelan, Meyers, & Murray, 2007). Toutefois, la signification des premières expériences de JHA chez les adolescents demeure peu documentée (Reith & Dobbie, 2011). Il en est de même du contexte social dans lequel elles se déroulent. Or, il est essentiel de mieux comprendre comment cette activité s’immisce dans la vie des adolescents et comment elle fait écho au contexte social dans lequel ils évoluent, afin de mieux prévenir l’apparition de difficultés sur ce plan. Quels sont les bénéfices et les aspects attrayants des premières expériences de JHA pour les adolescents? Comment leur contexte social est-il lié à ces expériences? Cet article vise à répondre à ces questions, en documentant les premières expériences de JHA d’adolescents qui ont par la suite développé des habitudes problématiques de JHA.

Les connaissances sur les facteurs de risque du développement d’habitudes problématiques de jeux de hasard et d’argent

Les études qui ont porté sur les facteurs individuels ont mis en évidence que le fait d’être un garçon (Dickson, Derevensky, & Gupta, 2008; Hardoon et al., 2004), de vivre de l’anxiété (Dickson et al., 2008) et d’avoir une faible propension à la conformité (Gupta, Derevensky, & Ellenbogen, 2006), peu d’autodiscipline (Gupta et al., 2006), de faibles habiletés d’adaptation (Bergevin, Gupta, Derevensky, & Kaufman, 2006), un caractère impulsif (Nower, Derevensky, & Gupta, 2004) et une forte propension à la prise de risque (Dickson et al., 2008; Gupta et al., 2006) sont des caractéristiques associées à la probabilité de développer des habitudes problématiques de JHA à l’adolescence. En outre, ces adolescents ont une plus grande probabilité de présenter de faibles performances scolaires (Dickson et al., 2008), un trouble des conduites, des habitudes problématiques de consommation de substances psychoactives (SPA) (Hardoon et al., 2004) et une expérience précoce avec les JHA (Gupta & Derevensky, 1998a; Rahman et al., 2012; Vitaro, 2004).

Plusieurs études ont documenté l’influence de la famille, et plus particulièrement des parents, sur l’initiation des adolescents aux JHA (Kalischuk, Nowatzki, Cardwell, Klein, & Solowoniuk, 2006). Que ce soit en jouant avec leurs parents ou en étant exposés à des situations de JHA, les adolescents dont les parents sont eux-mêmes joueurs sont plus susceptibles de développer des habitudes problématiques de JHA. Puisqu’ils évoluent dans un environnement où les JHA sont perçus de façon positive, ces adolescents apprendraient à jouer à travers un processus de modelage qui les conduit à reproduire des comportements de jeu (Felsher, Derevensky, & Gupta, 2003; Gupta & Derevensky, 1997; Magoon & Ingersoll, 2006; Reith & Dobbie, 2011). L’association entre des habitudes problématiques de JHA chez un des deux parents et l’adoption de comportements de jeu problématiques chez l’adolescent a été observée dans plusieurs études (Hardoon et al., 2004; Oei & Raylu, 2004; Raylu & Oei, 2002; Vachon, Vitaro, Wanner, & Tremblay, 2004; Wickwire et al., 2008; Wickwire et al., 2007).

L’appartenance à un groupe de pairs qui s’adonnent à des JHA contribuerait également à l’adoption de comportements de jeu et, éventuellement, au développement d’habitudes problématiques de JHA (Dickson et al., 2008; Hardoon & Derevensky, 2001; Langghinrichsen-Rohling, Rohde, Seeley, & Rohling, 2004; Wickwire et coll., 2008; Wickwire et al., 2007). Par exemple, dans l’étude de Gupta et Derevensky (1997), 75 % des adolescents de l’échantillon ont indiqué jouer en compagnie de leurs pairs.

Au-delà des facteurs liés à la famille et au groupe de pairs, quelques études ont été réalisées sur le contexte social, culturel et géographique dans lequel prennent naissance les habitudes de JHA. Reith et Dobbie (2011) ont exploré les premières expériences avec les JHA de 50 adultes joueurs problématiques. Leurs résultats mettent en lumière que les habitudes de JHA prennent naissance à travers un processus complexe d’observation et d’apprentissage via des interactions avec l’entourage et qu’elles sont inscrites dans un contexte social, culturel et géographique particulier. Ils indiquent également que les premières expériences de JHA sont associées à plusieurs bénéfices, dont le fait de gagner le respect et l’estime de ses pairs, l’intégration à un groupe et l’accès à un statut social particulier. L’aspect social des JHA, qui se manifeste notamment par l’influence de la famille et des pairs, ressort également de l’étude des premières expériences avec les JHA de Kristiansen, Trabjerg et Reith (2015), menée auprès de 52 adolescents et jeunes adultes âgés de 12 à 20 ans.

Malgré l’importance du contexte social au sein duquel les adolescents s’initient aux JHA, cet aspect demeure parmi les moins documentés. Plusieurs questions pouvant permettre de mieux comprendre le développement d’habitudes de JHA problématiques restent sans réponses. Comment un adolescent décide-t-il de s’initier aux JHA? Quels sont les aspects attrayants et les bénéfices associés au fait de prendre part à des activités de JHA? Comment les expériences initiales avec les JHA en viennent-elles à évoluer vers des comportements problématiques? Or, il est essentiel de mieux comprendre comment cette activité s’immisce dans la vie des adolescents et comment elle fait écho au contexte social dans lequel ils évoluent, si l’on veut prévenir l’apparition de difficultés.

Une analyse des habitudes de JHA basée sur le parcours de vie

La théorie du parcours de vie s’appuie notamment sur les postulats suivants : (1) le développement humain est un processus multidimensionnel qui se déroule tout au long de la vie et s’exprime dans de multiples domaines (2) l’action individuelle contribue à la construction de la trajectoire en fonction des possibilités et des contraintes sociales et historiques, des expériences et des significations accordées aux événements, et (3) les événements et leur succession influencent le développement individuel (Elder, Johnson, & Crosnoe, 2004). L’approche du parcours de vie permet une analyse « compréhensive » du développement individuel en tenant compte des liens entre le contexte social et l’action individuelle. Elle propose d’analyser les parcours en considérant à la fois les structures sociales qui modèlent les parcours de vie et les significations accordées aux expériences de la vie par les acteurs individuels (Elder et al., 2004; Settersten, 2003).

Les théories explicatives des habitudes de JHA s’inscrivent généralement dans une vision déterministe qui suggère que les comportements sont, en bonne partie, la résultante de caractéristiques biologiques ou psychologiques (Savard, Tremblay, & Turcotte, 2015). Une telle conception véhicule l’idée d’une grande stabilité des comportements puisqu’ils résultent de déterminants difficilement modifiables comme les traits de personnalité ou les antécédents familiaux. Une autre perspective consiste à examiner les comportements sous l’angle du parcours de vie, c’est-à-dire en examinant la séquence d’événements qui marquent la vie d’une personne. Selon Lalive d’Épinay, Bickel, Cavalli et Spini (2005), le parcours de vie peut se concevoir comme un ensemble de trajectoires dans lesquelles se déroule l’existence individuelle. Ces trajectoires se présentent comme des séquences plus ou moins ordonnées de positions, de transitions et d’événements. Alors que les transitions renvoient à des changements graduels, les événements sont à l’origine de changements abrupts et souvent imprévus. Certains de ces événements peuvent se révéler des points tournants en ce sens qu’ils marquent un changement majeur dans la vie de la personne.

L’approche par parcours de vie conduit à aborder le développement des comportements problématiques de JHA comme une trajectoire qui s’amorce avec une expérience initiale de jeu et qui se développe par la suite sous l’influence de différents facteurs qui tiennent, entre autres, aux personnes avec lesquelles les adolescents sont en interaction (influences sociales) et aux milieux de vie qu’ils fréquentent. Cette approche conduit donc à porter une attention particulière à des aspects tels que les événements, les significations qui leur sont accordées, de même que le contexte dans lequel elles s’inscrivent, avec ses possibilités et ses contraintes.

Objectifs

Ce texte présente les résultats d’une étude visant à décrire les premières expériences de JHA d’adolescents qui ont par la suite développé des habitudes de JHA considérées comme problématiques.1 Ces expériences y sont examinées sous différents angles :a) la nature des premières activités de JHA, b) la signification de ces premières expériences au regard des bénéfices et des aspects attrayants des JHA, et c) la progression vers le développement de comportements problématiques dans les mois et les années qui ont suivi cette première expérience.


Méthode
Méthodologie

Cette étude s’appuie sur une analyse secondaire de données collectées dans le cadre d’un projet de recherche pancanadien dont l’objectif était le développement et la validation de l’Inventaire canadien des jeux de hasard et d’argent chez les adolescents (ICJA) un instrument d’évaluation des habitudes de JHA chez les adolescents (Tremblay, Stinchfield, Wiebe, & Wynne, 2010). Les données utilisées portent sur l’expérience des adolescents ayant des habitudes problématiques de JHA. Elles ont été récoltées dans le cadre d’entrevues semi-dirigées (Mayer & Saint-Jacques, 2000) conduites par des interviewers expérimentés entre mars 2008 et juin 2009. Il s’agit donc d’une étude qui comporte les avantages d’une analyse de données secondaire, notamment l’utilisation maximale de données facilement accessibles et l’élimination des problèmes opérationnels de collecte, mais également ses inconvénients, dont le risque d’hégémonie théorique et l’absence de certaines informations (Dale, 1993; Turgeon & Bernatchez, 2009).

Collecte de données

Le recrutement des participants s’est déroulé en deux étapes (Wiebe, Wynne, Stinchfield, & Tremblay, 2007). Une première démarche de recrutement s’est déroulée dans des écoles secondaires du Québec et du Manitoba (n = 2 394). Dans un deuxième temps, des centres de traitement de la toxicomanie et des centres jeunesse du Québec ont été sollicités. Les adolescents retenus pour la présente étude sont ceux pour qui le score à la sous-échelle de sévérité des habitudes de jeux l’ICJA2 (6 et +) indiquait la présence de difficultés importantes sur le plan de leurs habitudes de JHA. Tous ces adolescents ont été recrutés dans les centres de traitement publics et privés de la toxicomanie; ils présentent donc également des habitudes problématiques de consommation d’alcool ou de drogues. Chaque adolescent formulant une demande d’aide dans un des centres participants se voyait administrer le South Oak Gambling Screen – Revised for Adolescents (SOGS-RA) (Winters, Stinchfield, & Fulkerson, 1993). Tous ceux qui obtenaient un score de 3 ou plus au SOGS-RA3se voyaient offrir de participer à la recherche. Les adolescents qui acceptaient de participer signaient un formulaire autorisant un membre de l’équipe de recherche à les contacter.

Les données ont été recueillies dans le cadre d’entrevues réalisées par des cliniciens d’expérience et des assistants de recherche diplômés en psychologie ou en service social. Tous avaient préalablement reçu une formation d’une durée de deux heures portant sur la conduite du protocole d’entrevue. Lors de la rencontre de recherche, d’une durée d’environ 1 h 30, après avoir signé le formulaire de consentement, le participant était invité à remplir l’ICJA et à répondre à des questions abordant différents aspects de ses habitudes de JHA. Les données utilisées pour la présente analyse sont essentiellement rétrospectives et perceptuelles puisqu’elles résultent d’un effort du répondant de se remémorer des événements passés et de leur donner un sens à la lumière de sa réalité actuelle. Les entrevues étaient enregistrées sur support audio.

Analyse des données et critères de scientificité

La transcription des entrevues a été réalisée à partir des enregistrements audio. Le matériel a ensuite été codifié au moyen du logiciel N’Vivo 10, puis analysé selon la méthode d’analyse de contenu thématique, qui s’appuie sur un système de codification du matériel afin d’en arriver à des catégories exhaustives cohérentes et bien définies (L’Écuyer, 1990). Les analyses ont été menées selon la méthode de thématisation en continu, c’est-à-dire selon « une démarche ininterrompue d’attribution de thèmes et, simultanément, de construction de l’arbre thématique » (Paillé & Mucchielli, 2008, p. 166). Cette démarche permet une analyse à la fois fine et riche du matériel (Paillé & Mucchielli, 2008).

Un des désavantages de l’utilisation de données secondaires réside généralement dans le fait que les données sont analysées à d’autres fins que celles pour lesquelles elles ont été récoltées (Turgeon & Bernatchez, 2009), ce qui peut représenter un risque d’entrave à la crédibilité des résultats. Or, dans le cas présent, ce désavantage est amoindri par le fait que l’analyse de l’expérience des adolescents interrogés faisait partie des objectifs initiaux du projet de recherche duquel sont issues les données; cet objectif n’a toutefois pu être atteint dans la phase initiale du projet. Puisque le protocole d’entrevue a été construit dans cette optique, l’impact sur la qualité scientifique de l’étude en est amoindri. Une attention particulière a tout de même été portée aux liens entre les observations et leurs interprétations. De plus, bien qu’il s’agisse ici d’analyse de données secondaire, l’auteure principale a mené elle-même une grande partie des entrevues dans le cadre de ses fonctions professionnelles. Ces éléments renforcent la crédibilité des interprétations effectuées (Noiseux, 2010). Afin de diminuer les biais possibles liés à l’analyse par un seul expérimentateur et d’assurer la confirmabilité des résultats (Noiseux, 2010), des rencontres périodiques ont eu lieu avec les coauteurs afin de discuter du processus d’analyse ainsi que des thèmes et catégories issus du corpus de données. Finalement, la description des caractéristiques de l’échantillon et du contexte de collecte de données (centre de traitement de la dépendance) assure la transférabilité des résultats.


Résultats4

Au total, 1 223 adolescents ont complété le SOGS-RA. De ce nombre, 63 ont obtenu un score de 3 ou plus à cette échelle et 41 ont participé à l’entrevue de recherche, dont 31 ayant un score de 6 et plus à l’ICJA. Ce sont majoritairement des garçons (64,5 %) âgés de 14 à 18 ans (M = 15,6, ÉT = 1,2) et ils sont considérés comme présentant des habitudes problématiques avec les JHA selon l’échelle de sévérité des habitudes de jeux de hasard et d’argent de l’ICJA (M = 13, ÉT = 4,8). Ces adolescents jouent en moyenne 17,4 heures par semaine (ÉT = 11,2, Md = 15, Min = 2, Max = 40,8) et près de 30 % jouent plus de 20 heures par semaine. Ils ont perdu en moyenne 771,80 $ au jeu au cours des trois derniers mois (ÉT = 1 471,10, Md = 300, Min = 15, Max = 7 940).

Les résultats portant sur l’histoire des participants avec les JHA seront présentés en trois temps : 1) une description des premières expériences de jeux de hasard et d’argent (activité, partenaires de jeu, issue de la première expérience), 2) la signification de cette première expérience au regard des bénéfices et des aspects attrayants des JHA et 3) la perception de la progression vers le développement de comportements problématiques dans les mois et les années qui ont suivi cette première expérience.

La première expérience avec les JHA

Les adolescents de l’échantillon ont vécu leur première expérience avec les jeux de hasard et d’argent entre 10 et 15 ans. L’âge moyen de la première expérience est de 12,4 ans (ÉT = 1,3).

Au départ, une majorité de ces adolescents se sont adonnés à des jeux combinant le hasard et les compétences (stratégies, connaissances, habiletés). Ces premières expériences prennent les formes suivantes : miser lors de jeux de cartes faisant appel à certaines habiletés (p. ex. poker ou black jack) ou de loteries sportives, parier de l’argent sur sa propre performance lors de jeux vidéo ou de performances sportives, tels le billard ou les quilles, et relever des défis. Les jeux dont l’issue repose uniquement sur le hasard (dés, pile ou face et loterie) sont moins répandus. Tous jeux confondus, c’est avec les cartes (p. ex. poker, black jack) que la majorité des adolescents de l’échantillon ont été initiés aux JHA.

Le contexte social

Tous les adolescents interrogés rapportent avoir vécu leur première expérience de jeu en compagnie d’une autre personne ou, dans le cas des jeux de loterie, par l’entremise d’une autre personne. Le tableau 1 présente les partenaires en fonction du type de jeu lors de cette première expérience. On constate que les principaux partenaires sont les amis.

Mais les adultes ne sont pas totalement absents de ces premières expériences, particulièrement dans le cas des jeux faisant appel uniquement au hasard (p. ex., loterie). Ces adultes ne sont pas que des témoins, parfois ils initient l’adolescent aux JHA en lui donnant accès à des produits qu’il consomme lui-même. Les extraits suivants illustrent dans quels termes ces expériences sont présentées, avec d’abord une première expérience entre amis suivie de deux exemples où les adultes « encouragent » un comportement de JHA en bas âge.

La première fois, j’avais dix ans. J’étais avec mon ami puis on avait de l’argent de poche chaque semaine. J’ai dit : « On fait tu une course en bicycle et lui qui gagne, il gagne 5 $ ». Il a dit « Ok ». Puis on a fait une course et j’ai gagné. (Louis, H, 14)

La première fois que j’ai joué aux gratteux […] je l’avais pas acheté, je l’ai pris à ma grand-mère. […] j’avais genre 8-9 ans là. Je volais des gratteux à ma grand-mère là. Euh oui j’ai déjà gagné, mais là tu sais je ne pouvais pas aller le changer fait que là je suis allée le redonner à ma grand-mère puis je lui ai dit que vu que c’était moi qui l’avait gratté, je voulais la moitié de l’argent! Elle avait gagné 20 $. Elle m’a donné un dix. (Julianne, F, 14 ans)

Il jouait [mon père] avec ses amis le soir [au poker]. À tous les jours. Puis je m’en souviens, j’étais petite pis c’est moi qui grattait ses gratteux. (Camille, F, 15)

La signification de cette première expérience

La première expérience revêt une signification positive pour les adolescents, car elle est associée à plusieurs bénéfices. Les propos recueillis permettent de distinguer trois principaux types de bénéfices selon qu’ils sont d’ordre matériel, émotif ou social.

Les bénéfices d’ordre matériel sont ceux auxquels les adolescents réfèrent le plus souvent. Ils correspondent à des gains qui sont immédiats. Ils représentent un accès facile à des biens qui sont généralement difficiles à obtenir. Les JHA symbolisent alors la vie facile.

On pouvait gagner de l’argent. J’ai pas pensé à l’argent qu’on pouvait perdre, mais j’ai pensé qu’on pouvait gagner. (Émile, H, 14)

C’était des cigarettes faciles là tu sais. Vite faites. Tu sais je fumais. J’avais 13 ans pis j’avais pas souvent d’argent, pis même quand t’as de l’argent c’est dur d’aller te chercher un paquet de cigarettes au dépanneur là fait que… (Charlie, F, 16)

Les bénéfices d’ordre émotif correspondent à l’ambiance de l’activité de jeu et à la sensation ressentie au moment de jouer. En voici deux illustrations.

J’ai trouvé ça hot là. L’ambiance qu’il y a…ben tout le monde se faisait du fun genre. […] L’ambiance qu’il y a là c’est hot. (Jeanne, F, 14)

Well usually I feel the rush of gambling, thing like that […]. Yeah, the money and the excitement […]. I felt happy, excited, ecstatic, motivated… (Alexis, H, 15)

Les JHA débouchent également sur des bénéfices sociaux. Deux dimensions principales ressortent du discours des adolescents quant à ces bénéfices : l’appartenance à un groupe et l’affirmation personnelle. Le jeu est une activité qui permet de se lier socialement à un groupe de pairs. Que ce soit en raison de difficultés à entrer en relation avec les autres, par besoin de se faire accepter, ou pour le simple goût de se joindre à une activité valorisée par un groupe, la première expérience de JHA a été un événement positif.

Je voyais mes chums de gars puis mes chums de filles jouer puis là un moment donné tant qu’à être à l’école avec d’autre monde, je me suis dit : « Ah! Je vais essayer! ». Tu sais un soir j’ai dit : « Je veux jouer moi aussi! » Fait que là, ils ont commencé à m’apprendre un peu comment ça fonctionnait puis à partir de là j’embarquais dans le fond avec eux. (Mia, F, 17)

Elle représente également pour plusieurs jeunes une occasion de s’affirmer, d’afficher ses capacités, de se démarquer.

On était nouveaux là, on venait juste d’arriver. Puis, il est arrivé, il est venu me voir là tu sais grosse affaire : « Envoyez les p’tits allez-vous en, c’est notre terrain [de basketball]. » Puis moi j’ai fait : « Qu’est-ce tu dis là, […] comme j’ai autant ma place. » […]. Puis là il a fait : « En tout cas, moi je te dis que je te plante là». […] «Je te gage 10 $. » Tu sais il a juste dit ça de même, tu sais pour se vanter. Mais moi j’ai dit : « Ok, c’est beau. » Après ça, c’est parti. Ben, j’ai gagné fait que là j’étais fier. (Jocelyn, H, 16)

Les bénéfices ne sont pas nécessairement en lien avec le type de jeu. Ainsi, les bénéfices d’ordre émotif et matériel sont également présents dans les deux types de jeux. Par contre, les bénéfices d’ordre social sont plus fréquents avec les jeux combinant hasard et compétences. Le tableau 2 présente les bénéfices associés à la première expérience selon que le jeu fait appel seulement au hasard ou qu’il combine hasard et compétences.

Issue de la première expérience avec les JHA

En ce qui a trait à l’issue de la première expérience avec les JHA, celle-ci est variable. Si une majorité d’adolescents rapporte avoir gagné lors de cette première expérience de JHA, d’autres ont perdu ou n’ont pas de souvenir précis de l’issue de cette expérience. Quoi qu’il en soit, l’issue de cette première expérience ne semble pas avoir eu le même effet sur la poursuite des habitudes de JHA pour tous, car si gagner est décrit comme un renforcement, perdre n’est pas nécessairement dissuasif, même si la perte est importante.

Puis là j’ai vu que je gagnais des petits, des gros et des petits montants […] fait que j’ai fait le lien que je pourrais peut-être pas perdre, fait que là j’ai continué à jouer fait que là c’est là que ça commencé puis etc. (Sam, H, 16)

Ok I remember it was about… the first time I gambled with dices. […] We gambled for my cat. Because he wanted my cat and I said ok, but if I win then I will get your cat so… and he won. […] I thought about how I lost my cat and how I felt sad… I don’t understand why I did it, I just… (Rosalie, F, 15)

La progression des habitudes de jeu

Au terme de cette première expérience, tous les adolescents ont continué à jouer en augmentant le rythme du jeu et les montants investis au point de se retrouver éventuellement avec des habitudes de JHA problématiques selon l’échelle de sévérité des habitudes de jeux de hasard et d’argent de l’ICJA. C’est donc dire que leur première expérience de JHA n’a pas été un événement isolé. Elle s’est traduite par la répétition et l’augmentation de leurs activités de jeu.

Au moment de la collecte des données, tous ces adolescents avaient joué à un jeu combinant hasard et compétences au moins une fois par mois au cours des trois derniers mois et 96,8 % (n = 30) à un jeu de hasard pur. Les plus populaires parmi ces derniers sont les loteries et les jeux de société ou de dés. Près de 60 % (n = 18) des adolescents de l’échantillon avaient joué à des loteries instantanées, dont 12,9 % (n = 4) à chaque jour. La moitié mentionnaient avoir joué à des jeux de société ou de dés pour de l’argent.

Les jeux combinant hasard et compétences sont ceux auxquels les adolescents de l’échantillon s’adonnent le plus souvent : plus de 70 % (n = 22) ont joué à un jeu de ce type de deux à trois fois par mois, près de 65 % (n = 20) l’on fait une fois par semaine, plus de 60 % (n = 19) de deux à six fois par semaine au cours des trois derniers mois et près de 10 % (n = 3) tous les jours. La moitié de l’échantillon rapporte jouer aux cartes pour de l’argent au moins une fois par semaine alors que 23 % (n = 7) et 35 % (n = 10) de ces adolescents mentionnent avoir parié respectivement sur des parties de jeux vidéo ou d’arcade ou sur des jeux d’habiletés à la même fréquence. Comme cette progression ne s’explique pas nécessairement par l’ampleur des gains lors de la première expérience, pour la comprendre, il est nécessaire de dépasser l’explication rationnelle des « gains faciles » et de s’attarder à la signification de cette expérience et au contexte dans lequel elle s’inscrit, avec ses possibilités et ses contraintes.

Explication de la progression des habitudes de JHA

Du point de vue des adolescents, la progression de leurs habitudes de JHA peut s’expliquer par les bénéfices qu’ils en retirent sur les plans social, matériel et émotif. L’analyse de leur situation laisse également transparaître une forte association entre le jeu et la consommation de substances psychoactives.

Les aspects d’ordre relationnel et social sont au premier plan des motifs avancés par les adolescents pour expliquer l’augmentation de leurs habitudes de JHA. En fait, pour les adolescents rencontrés, l’augmentation de leurs habitudes de JHA s’accompagne d’une transformation du réseau social. Ils fréquentent davantage des pairs qui adoptent des comportements de jeu, délaissent leurs amis non-joueurs et font partie de cercles d’amis composés de personnes plus âgées adeptes des JHA. Cette transformation de leur réseau les place dans un environnement où les JHA sont une activité centrale.

People I was just hanging out with… friends that gambled more […] not talk to the people that were not gambling and talk more to those who were gambling. (Alexis, 15, H)

Ben, mes amis étaient tout le temps plus vieux, pis ils jouaient depuis une couple d’années. Ils m’apprenaient comment jouer, pis au début, je les regardais jouer, je regardais ce qu’ils faisaient. J’avais envie, je posais des questions. (Simon, H, 16).

De pair avec la transformation du réseau social, les habitudes de JHA sont parfois en lien avec une modification de l’environnement physique de l’adolescent, laquelle le place dans un cadre qui facilite l’accès aux JHA. Ces modifications sont associées notamment à un déménagement en appartement avec un amoureux adepte du jeu, à la fréquentation des bars et à l’obtention d’un emploi dans un milieu qui vend des jeux de hasard. Les citations suivantes illustrent comment elles sont présentées par les adolescents.

Déménagement.

Quand j’ai commencé à jouer j’habitais plus chez nous [c.-à-d., chez mes parents]. Avec mon chum, à l’appartement, c’était pas mal là que tout le monde jouait. J’étais plus proche là. (Charlie, F, 16)

Accès au marché du travail.

C’était vraiment dans les débuts au dépanneur. Je suis mineure fait que, […] je ne commencerai pas à montrer mes cartes pour sortir un gratteux. Quand tu travailles au dépanneur tu peux te les acheter toi-même fait que c’est pour ça. (Mia, 17, F)

Sorties dans les bars.

C’est plus quand j’ai commencé à consommer des drogues dures que ça… je sortais tout le temps dans ce temps-là, fait que je passais devant les machines pis je jouais. (Thomas, H, 18)

Dans la foulée de la première expérience, le sentiment d’appartenance à un groupe et le fait de se distinguer sont des effets qui persistent et même s’amplifient au fur et à mesure que les expériences de jeu se répètent. Le statut social associé au jeu apparaît donc comme un incitatif à multiplier les expériences.

Je voulais me faire accepter je pense. Je voulais montrer que j’étais capable de faire des choses comme tout le monde… (Didier, H, 17)

Au début, quand j’étais plus jeune… ça donné un impact sur ma réputation là. (Sam, H, 16)

Dans l’fond, ça déboulé parce que je gagnais pas mal puis il y avait beaucoup de monde qui […] venait me voir […]. J’étais en sixième année…et je me tenais avec du monde de 20 quelques années. Donc, j’étais hot. (Alice, F, 16)

Mais comme le traduit ce dernier extrait, reconnaissance sociale et aisance financière ne sont pas des éléments étrangers. En effet, l’aspect financier est bien présent dans l’explication de l’évolution des habitudes de JHA de plusieurs des adolescents de l’échantillon.

So I thought I was good at it, make some money. Everyone wants to work, but jobs that paid like $10, $15/hour, while I could sell drugs and […] and gambled it and double or triple it. You know. It’s just the way I thought. (Antonin, H, 17)

Parmi les explications de la progression de leurs habitudes de JHA sur le plan émotif, certains adolescents mentionnent leur tendance à s’engager sans réserve et avec passion dans les activités qu’ils pratiquent.

Ouais pis je me suis pris de passion pour le poker. Fait que tu sais je jouais toujours, toujours, toujours parce que je trouvais ça hot là. (Camille, F, 15)

Moi je suis un accro de l’ordinateur. Fait que je l’ai découvert sur ordinateur. Fait que tu sais je pense que ça a évolué nécessairement dans, pas ma phobie comme on peut dire, mais dans ma passion de l’ordinateur. (Jean-Pierre, H, 17)

D’autres voient dans leurs habitudes de JHA le résultat d’un intérêt qui s’est développé graduellement tout en s’accompagnant d’une augmentation de leur confiance en soi et d’une amélioration de leurs habiletés.

Je cherchais des sites pour jouer au poker sur Internet […] j’ai écouté à la télé Poker Star pis je me suis dit : « Je vais aller jouer. » J’ai commencé à jouer sans argent, pis après je vais mettre de l’argent, je vais avoir plus d’argent. (Didier, H, 14)

Habitudes de JHA et consommation/vente de substances

Au moment des entrevues, tous les participants à l’étude recevaient des services en raison de leurs habitudes problématiques de consommation d’alcool ou de drogues. Néanmoins, seulement le tiers fait un lien entre leurs habitudes de JHA et leur consommation d’alcool ou de drogues. Lorsqu’un tel lien est identifié, il réfère à l’un ou l’autre des éléments suivants : le financement de la consommation de substances par les activités de JHA, le financement des JHA par la vente de substances et la modification des comportements de jeu sous l’effet des substances.

Financement de l’achat de SPA.

Plus je consommais plus je misais. Parce que plus que j’avais d’argent plus j’avais de consommation. Parce que tu sais, plus tu consommes, plus tu consommes en grosse quantité. Fait que grosse quantité égale beaucoup de sommes d’argent. (Léo, H, 14)

Changements sur le plan des habitudes de consommation.

J’ai découvert le speed dans le fond. Puis là, je me suis mis à plus jouer, plus jouer, plus jouer, en misant plus. Tu sais, comme ils disent là, ça [le speed] nous donne une illusion qu’on est supérieur. Fait que c’est ça que je pensais là, je pensais que j’étais pour gagner. (Jean-Pierre, H, 17)

Je jouais un peu avant mais avec la consommation c’est là que ça a plus…ça a chuté avec la consommation. C’est plus que je consommais plus que je misais. Parce que plus que j’avais d’argent fait que plus que j’avais de consommation. Parce que tu sais, plus tu consommes, plus tu consommes en grosse quantité. Fait que grosse quantité égale beaucoup de sommes d’argent. (Léo, H, 14)

Financement des JHA.

Ça pis aussi j’avais commencé à vendre de la drogue dans ce temps-là… vers 13 ans. (Luc, H, 16)

Le développement des habitudes de JHA s’inscrit dans une spirale dans laquelle les bénéfices d’ordre émotif, social et matériel attribués aux premières expériences de JHA pavent la voie à l’augmentation des habitudes de JHA, laquelle augmentation est elle-même associée à de nouveaux bénéfices. L’analyse des interactions entre l’adolescent et son environnement social fait ressortir que chez les adolescents qui en viennent éventuellement à développer des habitudes problématiques de JHA, le jeu apparaît comme une expérience positive qui s’accompagne, pendant une certaine période, de bénéfices qui outrepassent les contraintes et les effets négatifs que les observateurs extérieurs peuvent identifier. Ainsi, de leur point de vue, la progression de leurs habitudes de JHA ne se présente pas comme une chute progressive vers l’inconnu, mais comme la voie d’accès à une vie plus stimulante et plus valorisante.


Discussion

Cette étude visait à mieux comprendre comment les adolescents se sont initiés aux jeux de hasard et d’argent et comment ils en sont venus à développer des habitudes problématiques. Pour y parvenir, les premières expériences de JHA ont été analysées au regard de : a) la nature des premières activités de JHA, b) la signification des premières expériences et c) la progression vers le développement de comportements problématiques à la suite de cette première expérience.

Premières expériences de JHA

Sur le plan des premières expériences, une majorité d’adolescents se sont initiés aux JHA via une activité leur permettant de s’illustrer, de démontrer leurs compétences. Ces jeux impliquent généralement un aspect de compétition. Les cartes, notamment le poker, sont l’activité à laquelle le plus grand nombre d’adolescents de l’échantillon se sont adonnés. Ce résultat diffère de ceux de Felsher et ses collègues (2001) dans le cadre d’une étude menée en Ontario et dans laquelle les adolescents qui présentaient des difficultés sur le plan de leurs habitudes de JHA avaient joué dans un premier temps à la loterie. Une des hypothèses permettant d’expliquer cette divergence réside dans l’environnement social au sein duquel les adolescents évoluent, notamment quant à la popularité fulgurante du poker au cours des dernières années. La plupart des adolescents de l’échantillon ont vécu leur première expérience avec les JHA pendant la période identifiée par plusieurs experts comme étant le moment où le poker a commencé à susciter de l’engouement au Québec. Pendant cette période, avec le lock-out de la Ligue nationale de hockey, les chaînes de télévision sportives ont remplacé la diffusion du hockey par des parties de poker entre personnalités célèbres (Boutin, 2010). À partir de ce moment, le poker a littéralement commencé à être considéré comme un sport (Schuck, 2010) et il a gagné non seulement une légitimation, mais également une glorification. Tel que le souligne Boutin (2010) «le poker est dorénavant perçu comme une activité sexy et associée à la vie des gens riches et célèbres ». À cela s’ajoute la publicité faite autour des joueurs du poker qui, du jour au lendemain, sont passés d’inconnus au statut de vedettes. Boutin (2010) mentionne que la popularité des jeux repose en partie sur leur accessibilité et sur l’image qui en est véhiculée. À cet égard, la grande popularité du poker n’est pas étrangère à l’image très « VIP » qui y est associée et à la prolifération des sites de jeu en ligne.

La majorité des premières expériences avec les JHA ont eu lieu en compagnie de pairs et de membres de la famille. Ces résultats concordent avec les données de recherche qui identifient les membres de la famille et le groupe de pairs comme des acteurs clés dans l’expérience de jeux des adolescents ayant des difficultés sur ce plan (Dickson et al., 2008; Felsher et al., 2003; Gupta & Derevensky, 1997; Kalischuk et al., 2006; Raylu & Oei, 2002, 2004; Wickwire et al., 2008). Ils mettent en lumière le caractère fondamentalement social des JHA. Comme le soulignent plusieurs auteurs, les adolescents apprennent à jouer à travers leurs interactions sociales dans un contexte particulier (Kristiansen, Trabjerg, & Reith, 2015; Reith & Dobbie, 2011).

En ce qui a trait à l’issue de la première expérience de JHA, les données sur les bénéfices matériels ne concordent pas nécessairement avec l’idée que le fait de vivre une expérience de gains tôt dans la trajectoire de jeu incite à poursuivre les activités de jeu (Sharpe, 2002). Bien sûr, l’occasion de s’enrichir sans trop d’efforts fait partie des bénéfices anticipés. Tel que le soulignent Barmaki et Zangeneh (2009), les JHA peuvent facilement être perçus comme un moyen facile et légitime d’accéder à la richesse, d’accéder à cet idéal véhiculé au sein de notre société. De plus, la publicité entourant les JHA ne manque pas de faire miroiter l’occasion d’accéder à cette richesse tant convoitée. Cependant, les données de la présente recherche indiquent que les adolescents qui ont persévéré dans leurs habitudes n’ont pas tous réalisé des gains lors de leur première expérience de jeu. Les gains matériels de la première expérience de JHA n’expliquent donc pas, pour eux, la poursuite de la trajectoire de jeu.

En fait, les propos des adolescents indiquent que l’aspect matériel n’est pas le seul aspect à prendre en considération lorsqu’il s’agit d’apprécier les bénéfices du jeu. En effet, plusieurs mentionnent des bénéfices autres. Au plan émotif, le plaisir et la décharge d’adrénaline ressentis lors de l’épisode de jeu sont des attraits des JHA. Cette dimension émotive est particulièrement attrayante pour des adolescents attirés par le risque ou à la recherche de sensations fortes (Chambers & Potenza, 2003; Dickson, Derevensky, & Gupta, 2002; Dickson et al., 2008). Outre cette caractéristique propre à leur stade développemental, les adolescents évoluent dans une société de consommation reconnue pour vouer un culte à la recherche du plaisir, des sensations fortes et à l’importance de vivre intensément le moment présent (Reith, 2007).

Comme l’indiquent certains auteurs, les relations sociales sont cruciales dans le développement de la signification de l’expérience avec les JHA (Kristiansen et al., 2015; Reith & Dobbie, 2011). Sur le plan relationnel, la première expérience de jeu est pour certains l’occasion de se distinguer et de se démarquer. S’illustrer par ses compétences est une bonne stratégie pour se faire accepter par le groupe de pairs. Ce caractère social du jeu chez les adolescents concorde avec les résultats de Reith et Dobbie (2011) et de Kristiansen et ses collègues (2015) qui ont trouvé que le fait de gagner le respect et l’estime de ses pairs, l’intégration à un groupe, l’accès à un statut social particulier et l’appartenance à une communauté sont autant de bénéfices associés aux JHA.

Perception de la progression des habitudes de JHA

L’ensemble des adolescents de l’échantillon présente, au moment de l’entrevue, des habitudes de JHA considérées problématiques. À l’exception des loteries instantanées, la majorité de ces jeux impliquent d’être en compétition avec un ou des adversaires. Il s’agit de jeux qui combinent hasard et compétences, ce qui leur offre la possibilité de démontrer leurs capacités.

Ces adolescents expliquent de diverses façons l’augmentation de leurs habitudes de JHA. Outre les bénéfices d’ordre émotif et matériel, l’influence du réseau social ressort clairement dans les facteurs associés à la progression des habitudes de JHA. En effet, les JHA sont souvent liés à un délaissement des pairs non-joueurs au profit des pairs joueurs et à une plus grande accessibilité aux JHA (déménagement, entrée sur le marché du travail, sorties dans les bars). Ces éléments du contexte social mettent en lumière l’importance de l’environnement dans le développement d’habitudes problématiques de JHA à l’adolescence.

L’argent et la valorisation sociale sont parmi les raisons qui expliquent l’évolution des habitudes de JHA. La possibilité de se distinguer et d’appartenir à un groupe de pairs valorisés est un thème qui émerge du discours des adolescents, d’où l’intérêt d’en arriver à une meilleure compréhension de l’effet de valorisation sociale des JHA, tant au sein du groupe de pairs que de la société en général.

Une des dimensions centrales de l’évolution des habitudes de JHA chez les adolescents de l’échantillon est le lien entre le jeu et la consommation de substances psychoactives : les deux phénomènes sont, chez plusieurs, indissociables. Alors qu’ils sont parfois présentés comme deux problématiques différentes issues d’un même syndrome global se traduisant par une tendance générale à l’adoption de comportements à risque (Dickson, Derevensky, & Gupta, 2004), ou encore comme le résultat d’une même propension à la dépendance (Gupta & Derevensky, 1998b), nos résultats mettent plutôt en lumière les liens qui s’articulent entre consommation de substances et habitudes de JHA. Alors que le jeu peut avoir comme utilité de financer l’usage de SPA, en retour, la vente de substances illicites peut apparaître comme une source de financement des JHA. L’augmentation des habitudes de JHA coïncide alors avec l’augmentation de la consommation. Ce type de liens entre habitudes problématiques de JHA et problèmes de consommation concordent avec les résultats d’autres études menées auprès d’adolescents présentant des habitudes problématiques de JHA (Brunelle, Cousineau, Dufour, Leclerc, & Gendron, 2009; Brunelle et al., 2012).

JHA et parcours de vie

Pour les adolescents rencontrés, la première expérience de jeu a marqué l’entrée dans une trajectoire qui a éventuellement mené à des habitudes problématiques de JHA. Le maintien dans cette trajectoire a été alimenté par les interactions au sein du réseau social des jeunes et soutenu par le contexte macrosystémique dans lequel ils évoluent. Les résultats suggèrent que la progression des comportements de JHA des adolescents est marquée par des influences de nature sociale (appartenance au groupe de pairs, reconnaissance sociale, changement de réseau social), par des événements qui marquent la trajectoire de vie (déménagement, entrée sur le marché du travail, début des sorties dans les bars) et par la superposition d’habitudes. À cet égard, la consommation de substances psychotropes a influencé les comportements de JHA, modulant ainsi la trajectoire des adolescents.

Limite

Les résultats qui se dégagent de cette étude doivent être appréciés en tenant compte de ses limites. L’une de celles-ci réside dans les caractéristiques de l’échantillon. Il s’agit d’adolescents qui présentent des habitudes problématiques de consommation d’alcool ou de drogues et qui sont en traitement pour ces difficultés. Les résultats ne peuvent donc pas être transférés à l’ensemble des adolescents présentant des difficultés avec les JHA. Les caractéristiques de l’échantillon à cet égard correspondent à une réalité souvent observée et de plus en plus documentée; la forte concomitance entre habitudes problématiques de JHA et problèmes de consommation de SPA chez les adolescents (Barnes, Welte, Hoffman, & Tidwell, 2011; Barnes, Welte, Hoffman, & Tidwell, 2009; Brunelle et al., 2009; Brunelle et al., 2012; Hammond et al., 2014; Lee, Martins, Pas, & Bradshaw, 2014; Molde, Pallesen, Bartone, Hystad, & Johnsen, 2009; Rahman et al., 2014; Shead et al., 2010; Winters & Anderson, 2000; Yip et al., 2011).

Par ailleurs, il s’agit d’une étude basée sur l’analyse secondaire de données, ce qui implique que le schéma d’entrevue n’a pu être modifié à la lumière des concepts qui ont émergé des premières analyses. Soulignons également qu’il est difficile d’apprécier l’influence de la désirabilité sociale sur la nature des propos des répondants. Comme il s’agit d’adolescents qui avaient été récemment, ou étaient encore, en démarche de traitement pour leur problème de dépendance, on ne peut exclure la possibilité que leurs propos aient été teintés par cette expérience récente.

Conclusion

Cette étude sur les premières expériences de jeux de hasard et d’argent d’adolescents ayant des problèmes de dépendance met en lumière l’importance de tenir compte du contexte social dans lequel naissent et se perpétuent les activités de JHA. En effet, les comportements problématiques de JHA débutent avec une première expérience et se développent sous l’effet de multiples influences, notamment les interactions sociales. Ces interactions teintent la signification qu’attribuent les adolescents à leurs premières expériences avec les JHA et elles colorent le sens que revêt pour les adolescents, leur incursion dans l’univers des JHA. Ainsi, pour comprendre les habitudes problématiques de JHA non seulement faut-il s’attarder à la perception de la première expérience avec les JHA, mais il faut également chercher à cerner les significations que revêtent ces jeux en abordant leur progression dans une perspective de trajectoire (Reith & Dobbie, 2013). Davantage d’études doivent être menées en tenant compte à la fois du point de vue de l’adolescent et des caractéristiques de son environnement pour mieux comprendre la dynamique sous-jacente au développement d’habitudes problématiques de JHA. L’adoption d’une perspective combinant l’examen des zones de vulnérabilités personnelles et l’analyse du contexte social représente, dans cet esprit, une avenue intéressante à mettre de l’avant dans les recherches futures, mais également la planification de stratégies de prévention et d’intervention adaptées au vécu des adolescents.


Notes

Dans cette étude, l’expression habitudes problématiques de JHA réfère à un score de six et plus à la sous- échelle de gravité des problèmes de jeux de l’Indice canadien des jeux de hasard et d’argent chez l’adolescent (ICJA).

L’ICJA (Tremblay et al., 2010) est un instrument de détection des habitudes problématiques de JHA chez les adolescents développé et validé simultanément en français et en anglais auprès d’un échantillon de 2 499 adolescents canadiens. Il est composé de 36 items qui se divisent en 5 sous-échelles (analyses factorielles exploratoires, rotation varimax, 67,3 % variance expliquée) : conséquences psychologiques, sociales, financières, perte de contrôle. De plus, des analyses factorielles discriminantes et d’aire sous la courbe (ROC) ont permis d’identifier neufs items (5e sous-échelle de gravité des problèmes de jeux) permettant une bonne classification des jeunes ayant des comportements de JHA en trois niveaux de gravité : élevée (6 et plus), faible à modérée (2 à 5) et l’absence de problèmes liés aux JHA (0-1). L’ICJA présente une consistance interne élevée (α de Cronbach, ,83 à ,90) ainsi qu’une très bonne stabilité temporelle (ICC, ,77 à ,90). L’instrument présente également une bonne validité de convergence mesurée à partir de construits associés aux JHA (prise de risque, impulsivité, maîtrise de soi) et différents indicateurs de participation au jeu (nombre de jeux, fréquence, temps passé au jeu, argent perdu, dettes, etc.). L’ensemble de ces mesures présente des corrélations >,30 avec au moins une sous-échelle de l’ICJA.

Le South Oaks Gambling Screen – Revised for Adolescents est une adaptation adolescente d’un instrument de mesure de la sévérité des habitudes de JHA développé et validé auprès d’une population adulte (SOGS). Il est composé de 12 items. Pour être considéré comme joueur problématique selon le critère conservateur, l’adolescent doit avoir obtenu un score de 4 et plus, alors qu’un score de 2 ou 3 indique un joueur à risque et de 0 ou 1, un joueur non problématique. Le critère libéral consiste en un score de 2 et plus et avoir joué au moins une fois par semaine ou avoir joué à tous les jours peu importe le score. Le SOGS-RA présente un coefficient alpha de Cronbach de ,80 et a été corrélé avec des indicateurs de jeu sur le plan de la validité de convergence, tels les activités de jeu (r = ,54), la fréquence de jeu (r = ,39) et le montant d’argent joué dans la dernière année (r = ,42).

Dans la présentation des résultats, les prénoms des participants ont été changés afin de préserver la confidentialité.

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Tables
Tableau 1 

Partenaires de JHA en fonction du type d’activité


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Tableau 2 

Bénéfices et aspects attrayants en fonction du type d’activité de jeu


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Keywords: Adolescence, première experience, études qualitatives, bénéfices, contexte social, jeux de hasard et d’argent et consommation de substances.
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